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Defens'Aero

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Le standard F3-R se confronte à une campagne « temps chaud »

Le standard F3-R se confronte à une campagne « temps chaud »

© Arnaud Chamberlin / Armée de l'Air - Un Rafale F3-R dans une « hangarette » de la BA 104 d'Al Dhafra (Emirats arabes unis).

© Arnaud Chamberlin / Armée de l'Air - Un Rafale F3-R dans une « hangarette » de la BA 104 d'Al Dhafra (Emirats arabes unis).

Après avoir été validé en mai 2018 par les industriels français, dont notamment Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA, le standard F3-R a fait son entrée au sein des forces françaises, et plus précisément au Centre d'expertise aérienne militaire (CEAM) à Mont-de-Marsan pour l'armée de l'Air et au Centre d'expérimentations pratiques et de réception de l'aéronautique navale (CEPA/10S) sur la base aéronavale d'Hyères pour la Marine nationale.

Depuis la fin de l'année 2018, l'objectif pour ces deux organismes est de définir le mode d'emploi de ces systèmes, de concevoir le manuel d'utilisation de l'ensemble des nouveaux équipements qui composent le standard F3-R, notamment lors de campagnes d'expérimentations dans des environnements proches d'un contexte opérationnel.

Lors de la signature des contrats, les industriels sont chargés uniquement de la conception du système et de leurs équipements, de leur intégration sur Rafale et de les tester dans toutes les configurations de vol possibles pour voir s'ils fonctionnent bien, ou non (toutes les altitudes, vitesses, configurations, séparation avion-armement, avec des défaillances, etc…). De leurs côtés, le CEAM et le CEPA/10S vont alors conduire des expérimentations au sol et en vol sur un des systèmes d'aide au pilotage, un armement offensif ou défensif, etc… Par exemple, ils vont vérifier que tout fonctionne normalement même en présence de brouillage, en l'absence de GPS, avec des menaces adverses, dans quelles situations tel armement est plus adapté et quelles sont ses atouts ou ses faiblesses, etc…

C'est donc dans ce cadre là que début juillet, du 1er au 17 juillet 2019, deux Rafale Air du CEAM (30-IF et 30-HW), soutenus par l'A330 MRTT « Phénix », ont rejoint la base aérienne (BA) 104 d'Al Dhafra, aux Emirats arabes unis (EAU), afin de conduire une campagne d'expérimentations « temps chaud » pour le standard F3-R et ses nouveaux équipements.

D'après l'armée de l'Air française, cette campagne a notamment porté sur la nacelle d'observation et de désignation laser TALIOS, sur « l’efficacité du radar de suivi de terrain en environnement désertique et sableux et [sur] les protections thermiques du cockpit Rafale ». Pour mener à bien ces essais, l'équipe en charge des travaux était constituée par des aviateurs du CEAM (pilotes, mécaniciens et spécialistes), des marins du CEPA10/S, des ingénieurs de la Direction générale de l'armement (DGA) Essais en vol (EV), ainsi que par du personnel civil de Thales Laser et de Dassault Aviation, qui ont participé à la conception du F3-R et qui connaissent donc parfaitement leur système.

Au cours de ces deux semaines et demi, les militaires et les ingénieurs civils ont réalisé une « trentaine de missions », et « les expérimentateurs ont poussé dans ses retranchements ces différents matériels dans des conditions proches de celles des théâtres d’opérations dans lesquels l’Armée de l’air est engagée ». « L’objectif était de vérifier que le matériel prochainement mis en œuvre par les forces est conforme aux attentes et adapté aux besoins », ajoute également l'armée de l'Air.

Outre les expérimentations au sol et en vol, les aviateurs français stationnés sur la base aérienne 104 d'Al Dhafra, notamment ceux de l'Escadron de chasse (EC) 1/7 « Provence », ont bénéficié de cette campagne pour suivre « des séances de transformation et d’information ».

© Eric Dejour / Armée de l'Air - Deux Rafale Air ont participé à la campagne d'expérimentation « temps chaud ».

© Eric Dejour / Armée de l'Air - Deux Rafale Air ont participé à la campagne d'expérimentation « temps chaud ».

  • Le standard F3-R :

Avant tout, l'un des changements majeurs avec l'arrivée de ce nouveau standard, c'est le missile air-air longue portée METEOR. Annoncé en exclusivité en avril 2017 sur Defens'Aero, l'intégration a été effective le 06 avril 2017 lors du tir d'un quatrième et dernier missile METEOR depuis le Rafale B301. Cette campagne d'intégration a été menée par Direction Générale de l'Armement (DGA), en coopération avec Dassault Aviation, le missilier MBDA et l'industriel Thales. Conçu pour la mission de défense et de supériorité aérienne à très longue portée, il est équipé d’un statoréacteur et doté du mode « tire et oublie ».

Grâce aux performances du radar RBE2 à antenne active équipant le Rafale (seul avion de combat européen doté de ce type de radar), il sera capable d’intercepter des cibles à très longue distance, en complément des actuels missiles MICA IR ou EM (InfraRouge ou ElectroMagnétique), utilisés aussi pour le combat et l’autodéfense mais à des distances plus rapprochées.

Avec une vitesse de pointe de Mach 4, le METEOR dispose d'une portée de plus de 100 kilomètres. Toutefois, pour des raisons opérationnelles évidentes, la portée réelle du missile n'a jamais été divulguée. Il peut être tiré avec un Rafale équipé du radar PESA ou AESA.

Ce nouveau standard permettra aussi l'intégration de la nouvelle nacelle de désignation laser, le TALIOS, en remplacement des nacelles DAMOCLES, qui souffrent d'un retard technologique face à ses concurrentes américaines, dont notamment le SNIPER, qui a été sélectionné par le Qatar. L'ensemble des essais sont aujourd'hui achevés, après une campagne d'essais en vol qui s'est ouverte fin avril 2016, comme nous l'avions précisé.

D'après nos informations, la livraison des premières nacelles de série TALIOS devait se intervenir en début d'année 2019 afin de pouvoir débuter les expérimentations par le CEAM et le CEPA/10S. Toutefois, même si la nacelle est aujourd'hui intégrée sur Rafale, cela ne veut pas dire que son développement est arrêté. En effet, chez le fabriquant Thales, le développement et les tests se poursuivent pour rendre le pod encore plus performant.

En terme de capacité air-sol, le pilote pourra sélectionner le mode d'impact de la bombe guidée laser/GPS AASM. Par ailleurs, le Rafale sera aussi capable de tirer la bombe guidée laser GBU-16 Paveway II, dont le kit de guidage se monte sur un corps de bombe Mk 83. D'un poids de 500kg, dont la charge explosive est de 200kg, elle est aujourd'hui utilisée par les M2000D uniquement. Son intégration permettra au Rafale de frapper des cibles faiblement durcies et d'une taille petite à moyenne.

Dans le cockpit et de manière moins visible, le Rafale disposera d'un nouvel IFF mode 5/S, le système SPECTRA se renforce avec de meilleures capacités de guerre électronique et le système de communication cryptée OTAN, la Liaison L16, sera amélioré. En outre, le radar RBE2-AESA (antenne active, ou Active Electronically Scanned Array) sera modernisé et le Rafale dispose d'un système AGCAS (Automatic Ground Collision Avoidance System) qui permet de récupérer l'avion en cas d'une perte de contrôle.

On retrouvera aussi le système SAASM (Selective availability anti-spoofing module). Ce dernier permet, entre autres, d'éviter le brouillage électronique des données GPS par l'adversaire. Enfin, chez les Rafale Marine uniquement, le ravitaillement en vol « buddy-buddy » sera effectué avec la nacelle NARANG (Nacelle de ravitaillement nouvelle génération). Ses compétences doivent lui permettre d'avoir un débit de kérosène plus important que celle actuellement en service.