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Defens'Aero

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Les premiers Rafale EQ/DQ arrivent au Qatar

Les premiers Rafale EQ/DQ arrivent au Qatar

via @abdulmoiz1990 - Pilotes, mécaniciens et spécialistes qataris du Rafale après leur arrivée sur la base aérienne de Tamim.

via @abdulmoiz1990 - Pilotes, mécaniciens et spécialistes qataris du Rafale après leur arrivée sur la base aérienne de Tamim.

Le mercredi 5 juin 2019, la Force aérienne de l'Emir du Qatar (Qatar Emiri Air Force, QEAF) a réceptionné sur son territoire ses premiers Rafale EQ/DQ. Ce premier convoyage comprend au total cinq Rafale au standard Q3-R, dont un Rafale DQ (QA204) et quatre Rafale EQ (QA211, QA216, QA218 et QA220). L'ensemble, avec sept appareils dont deux « spares » (QA217 et QA203), avait d'abord décollé de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac le 28 mai 2019 afin de rejoindre la base aérienne 125 d'Istres-Le Tubé.

Ce n'est que quelques jours plus tard que le groupe a décollé dans la matinée du 5 juin afin de rallier en une seule fois la base aérienne de Tamim, située dans l'ouest du Qatar, à quelques kilomètres à l'est de la ville de Dukhan. Au cours de ce convoyage de plusieurs heures, les cinq Rafale EQ/DQ ont été ravitaillés en vol (2 par avions, soit 10 au total) par le premier A330-243 MRTT « Phénix » de l'armée de l'Air. Un C-17 Globemaster III de la QAEF faisait également ce même trajet avec sans doute à son bord des équipements afin de mettre en oeuvre les appareils ainsi que du personnel militaire qatari. Après le décollage de la BA 125, les appareils (tous pilotés par des pilotes qataris) ont survolé la mer Méditerranée avant de prendre cap au nord au-dessus de Chypre. Là, ils ont pénétré l'espace aérien turc, longé la frontière turco-syrienne, traversé l'Irak jusqu'au sud où ils ont rejoint le golfe Persique avant d'entrer au Qatar.

Après un passage en formation avec des Mirage 2000-5EDA/DDA au-dessus de Doha, capitale du Qatar, l'ensemble s'est donc posé à Tamim où une cérémonie officielle a été organisée. Les Rafale ont été réceptionnés et leurs pilotes et les mécaniciens accueillis par des hauts gradés de la Force aérienne de l'Emir du Qatar, dont l'Emir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani, ainsi que par des responsables et dirigeants d'entreprises françaises associés à cette vente, dont Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation.

La réception de ces cinq premiers Rafale intervient après la livraison au Qatar de son tout premier appareil (DQ202), le 6 février 2019, lors d'une cérémonie qui s'est tenue dans les usines de Dassault Aviation, à Bordeaux-Mérignac, et en présence de Geneviève Darrieusecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées et du Dr Khalid bin Mohamed Al Attiyah, vice-premier ministre du Qatar et ministre d’État chargé de la Défense. Cette arrivée, qui devrait être suivie par une seconde début juillet 2019, est l'occasion de faire un point sur le contrat Rafale avec le Qatar.

via @abdulmoiz1990 - Deux Rafale EQ et l'A330 français en formation.

via @abdulmoiz1990 - Deux Rafale EQ et l'A330 français en formation.

1. L'idylle Paris-Doha  

Le premier contrat avec le Qatar et son Emir, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, est signé en mai 2015 avec le Président de la République d’alors, François Hollande. D’un montant d'environ 6,3 milliards d’euros, il prévoit la livraison de 18 Rafale EQ (monoplace) et 6 DQ (biplace), soit un total de 24 appareils.

Par ailleurs, il comprend aussi la formation des équipages navigants (pilotes et navigateurs) et des aviateurs au sol (mécaniciens, spécialistes avioniques, armuriers…), et la livraison des pièces de rechange et de l’armement associé. On y retrouve, entre autres, les missiles air-air MICA IR/EM et METEOR, les missiles de croisière air-sol SCALP-EG, les AASM, les GBU, les missiles air-mer EXOCET et la nacelle de reconnaissance RECO-NG. Les Rafale sont montés avec le radar RBE2-AESA.

Enfin, le Qatar a demandé l’intégration de la nacelle d’observation et de désignation laser SNIPER de Lockheed Martin et du viseur de casque israélien TARGO II d’Elbit Systems. Ce premier contrat va se concrétiser et entrer en vigueur le 17 décembre 2015 avec le versement par Doha du premier acompte. L’idylle Paris-Doha va se poursuivre les années suivantes puisque le 07 décembre 2017, en déplacement au Qatar, le Président Emmanuel Macron va signer la levée de l’option pour 12 Rafale EQ/DQ à un prix d'environ 1,1 milliard d’euros. En parallèle, le Qatar pose une nouvelle option pour 36 autres appareils. A ce jour donc, le Qatar a passé une commande ferme pour 36 Rafale.

via @abdulmoiz1990 - Trois des cinq Rafale EQ/DQ, avec l'A330 MRTT de l'armée de l'Air, lors de leur arrivée au Qatar, le 5 juin 2019.

via @abdulmoiz1990 - Trois des cinq Rafale EQ/DQ, avec l'A330 MRTT de l'armée de l'Air, lors de leur arrivée au Qatar, le 5 juin 2019.

2. Une armée de l'Air pleinement engagée dans ces contrats

L’armée de l’Air française est fortement impliquée dans la formation des aviateurs qataris. Son investissement matériel et humain représente à lui seul le même investissement que pour une opération extérieure. Cette situation a été rappelée et détaillée par le colonel Cédric Gaudillière, commandant de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, lors d'une interview que nous avions réalisé en septembre 2018.

Le 4/30 Qatar Rafale Squadron (QRS) est opérationnel depuis le 1er octobre 2017 puisque les pilotes sont arrivés sur la BA de Mont-de-Marsan à cette date. Il a été nécessaire de créer en un an un escadron flambant neuf. D’autant plus que les Qataris ont demandé, pendant un an et demi, à être en immersion complète au sein d’un escadron de l’armée de l’Air pour pouvoir répliquer à l’identique tous les savoir-faire chez eux. L'objectif, c’est qu’ils restent pendant de deux ans en France pour qu'ils soient complètement autonomes chez eux lors de leur retour au Qatar.

C’est donc un escadron qui est assez proche des escadrons français « Normandie-Niémen », « Provence » et « Gascogne ». Depuis le 1er octobre 2017, Mont-de-Marsan accueille les premiers pilotes qui sont arrivés de la BA 113 et qui savaient déjà piloter. Sur place, ils sont engagés dans une phase plus tactique avec des vols qui permettent de récupérer des qualifications de sous-chef de patrouille. Les mécaniciens qataris, au travers de l’on job training (OJT), apprennent au fil de l’eau avec les Français à réparer et à effectuer des actes de maintenance sur les avions de chasse parce qu’à la différence des pilotes où il est possible de faire du simulateur, il n’en existe pas pour simuler de la maintenance.

L’impact est très important sur les ressources humaines. Trois pilotes français sont injectés au sein du QRS et une quarantaine de mécaniciens tricolores sont monopolisés à plein temps pour la formation. La base forme également du personnel du renseignement et de la guerre électronique avec une dizaine d’instructeurs français. Enfin, elle forme aussi leurs futurs moniteurs simulateur. C’est donc tout un éventail de spécialités, et cela impacte fortement les ressources humaines de la base aérienne. Mais pour les Qataris, cela leur permet d’être formés au plus près de l’utilisateur.

Le colonel expliquait à cette époque que ce partenariat « se passe pour le mieux, on est à peu près sur la courbe, on suit l’évolution en vol et on suit la formation de leurs pilotes et celle de leurs mécaniciens. Cela se passe convenablement. Mais ce n’est pas sans sacrifice RH pour la base aérienne ».

En effet, les Qataris volent sur des Rafale français. C’est environ cinq machines qui sont monopolisées pour former les pilotes et les mécaniciens, soit environ plus de 1 500 heures effectuées depuis la BA 118 en 2018 au profit de la formation des Qataris, au sein de la 30ème escadre. Sans compter la formation des pilotes français du 1/30, 2/30 et 3/30. L’utilisation des équipements et de la RH française fait partie du contrat qu’a conclu l’armée de l'Air avec le Qatar. Elle a récupéré beaucoup d’argent, ce qui lui permet de renforcer son flux logistique, de se construire un escadron QRS qui sera, après le départ des Qataris à l’été 2020, un escadron flambant neuf pour les Français.

Par exemple, la base dispose aujourd’hui du CSR, le simulateur des pilotes Rafale. Il est composé de deux boules qui ne sont pas tout à fait représentatives des futures boules du futur CSR NG. Mais c’est sur celles là que l’armée de l'Air va s’appuyer pour le futur CSR et où seront intégrées deux autres boules. Elle a donc déjà une base solide pour le CSR NG. Au final, c'est un contrat « win-win » pour les deux pays. Outre l’escadron Rafale et le simulateur, l’armée de l'Air a aussi une chaine logistique avec un ESRT (Escadron de ravitaillement technique aéronautique) flambant neuf. C’est par là que transitent toutes les pièces Rafale, dans des gros hangars de logistique qui ont aussi bénéficié de ce marché.

via @abdulmoiz1990 - Un Rafale EQ au-dessus des eaux du Moyen-Orient.

via @abdulmoiz1990 - Un Rafale EQ au-dessus des eaux du Moyen-Orient.

3. Des industriels qui produisent et forment eux-aussi

Outre l'armée de l'Air, les industriels français s’impliquent eux-aussi dans la formation puisque depuis Bordeaux-Mérignac, Dassault Aviation va former et entraîner les aviateurs qataris. En effet, depuis le 8 avril, Dassault assure la formation des pilotes qataris sur Rafale EQ/DQ. Cette prestation prévue sur deux mois vient compléter la formation initiale qui a été dispensée par l'armée de l'Air sur Rafale Air depuis les bases aériennes de Saint-Dizier (113) et Mont-de-Marsan (118).

A ce tire, entre avril et mai 2019, les Qataris ont généré 72 vols, soit 144 décollages et atterrissages. Ces formations, assurées par l'armée de l'Air et l'avionneur français, ont permis de former des primo-instructeurs qataris, une vingtaine de pilotes et navigateurs système d'armes ainsi que tout le personnel au sol pour leur mise en oeuvre (mécaniciens, armuriers, spécialistes avionique, radar, cellule, etc…). A terme, si le Qatar lève l'option posée et avec l'achat des 36 F-15QA Strike Eagle et 24 Eurofighter Typhoon, se pose la question du recrutement d'un nombre suffisant d'aviateurs dans un petit pays comme le Qatar. Ce dernier pourrait alors avoir recours à la naturalisation d'étrangers pour venir piloter ses avions et les entretenir.

Ce changement s'explique par le fait que l'armée de l'Air n'est plus en capacité, dans le contexte structurel et opérationnel actuel, d'assurer la formation à la fois de ses personnels navigants et des personnels navigants des derniers clients exports Rafale que sont le Qatar et l'Inde.

Lors d'une audition à l'Assemblée Nationale devant les députés de la Commission de la défense nationale et des forces armées, l'ancien Chef d'état-major de l'armée de l'Air (CEMAA), le général André Lanata, expliquait que « pour l’année 2018, l’activité chasse réalisée dans ce cadre représentera tout de même près de 10 % de notre activité, l’équivalent de l’activité chasse de l’opération Barkhane. Il s’agit d’une mission à part entière, qui consomme une part très importante de notre activité ».

Même s'il est vrai que Mérignac est le point de départ hebdomadaire des avions de chasse Dassault en vol d'essais et héberge toujours la base aérienne 106 de l'armée de l'Air, la plateforme n'accueille plus d'avions de chasse basés depuis le départ des Jaguar de l'Escadron de Chasse 4/11 « Jura », en 1992.

Cet état de fait et la présence de nombreux riverains sur les communes limitrophes de l'aéroport induisent de nombreuses contraintes sur les deux mois de formation Rafale destinés au Qatar et la formation Rafale ab initio des personnels navigants indiens planifiée entre octobre 2019 et mars 2021.

Ainsi, Dassault Aviation travaille en concertation avec la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC) afin de limiter au maximum les nuisances sonores générées par les évolutions quotidiennes de Rafale depuis l'aéroport. Les mesures prises sont les suivantes : les vols se font uniquement du lundi au vendredi entre 8h30 et 18h00, avec l'absence de vols le lundi matin et le vendredi après-midi, une limitation de l'usage de la post-combustion au décollage, une délocalisation des vols en patrouille de quatre appareils et des vols de nuit sur la base aérienne d'Istres, ainsi que des arrivées au break avec tour de piste au-dessus des installations industrielles.

Dassault Aviation a organisé son école de formation des pilotes de Rafale étrangers en se basant sur le fonctionnement d'un escadron de chasse de l'armée de l'Air. Outre ce cadre administratif, l'avionneur s'est également doté d'instructeurs qui sont d'anciens pilotes de Rafale dans l'armée de l'Air et particulièrement expérimentés, l'un d'eux étant notamment un des anciens pilotes et coachs du Rafale Solo Display Team. C’est donc un véritable mini-escadron composé d’anciens aviateurs de l’armée de l’Air qui a été mis sur pieds.

L'unité procède à environ trois sorties quotidiennes avec une ou deux machines sous l'indicatif « VOLVIC ». Les entrainements se déroulent dans les zones d'entrainements de l'armée de l'Air, nombreuses dans le sud de la France, au-dessus de l'océan et à l'intérieur des terres. Le volume des missions prévues pendant les deux mois de formation des pilotes qataris est d'environ 72 sorties aériennes. Le volume planifié sur la période de formation ab initio des personnels navigants indiens est lui beaucoup plus important puisque 800 vols sont pour l'instant prévus.

© Mathieu Mounicq - Le Rafale DQ QA203 lors d'une mission de formation depuis Bordeaux-Mérignac

© Mathieu Mounicq - Le Rafale DQ QA203 lors d'une mission de formation depuis Bordeaux-Mérignac

4. Quels sont les avions produits à ce jour ?

Du côté des Rafale EQ (monoplace), ont été vus (au 10 juin 2019) :

  • EQ01 ; EQ04 ; EQ09 ; EQ14 ; EQ15 ; QA211 ; QA214 ; QA216 ; QA217 ; QA218 ; QA219 ; QA220 ; QA221, QA222 et QA225.

Du coté des Rafale DQ (biplace), ont été vus (au 10 juin 2019) :

  • DQ01 ; QA202 ; QA203 et QA204.