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Defens'Aero

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L'Allemagne pourrait acquérir des drones MQ-4C Triton

L'Allemagne pourrait acquérir des drones MQ-4C Triton

© US Navy - Deux MQ-4C Triton de l'US Navy sur le tarmac de la base d'essais en vol de Northrop Grumman, en Californie.

© US Navy - Deux MQ-4C Triton de l'US Navy sur le tarmac de la base d'essais en vol de Northrop Grumman, en Californie.

Actuellement, les capacités de patrouille maritime et de lutte anti-sous-marine en Allemagne sont assez limitées puisque la Marineflieger (aéronautique navale de la Marine allemande) met en oeuvre une flotte de huit P-3C Orion, désignés localement P-3C CUP+ et stationnés sur la base aéronavale de Nordholz, dans le nord du pays. Ils sont aussi accompagnés par six hélicoptères de lutte anti-sous-marine Sea Lynx Mk 88.

Bien que modernisée à plusieurs reprises, cette flotte est aujourd'hui vieillissante, notamment celle des Orion puisque les appareils ont été acquis dans la seconde moitié des années 60 auprès de la Marine royale néerlandaise (Koninklijke Marine). Avec le regain des tensions entre les pays de l'OTAN et la Russie, qui envoie assez régulièrement ses sous-marins à proximité des côtes de l'Europe occidentale, les capacités en matière de lutte anti-sous-marine doivent être maintenues et renforcées.

C'est donc dans ce contexte là, dans une note Foreign Military Sale (FMS) publiée le 05 avril 2018, que la Defense Security Cooperation Agency (DSCA, Agence Américaine d'Exportation d'Armement) a donné son accord pour la vente de quatre drones de surveillance maritime MQ-4C Triton, de la catégorie HALE, pour Haute altitude longue endurance.

Ce contrat, qui doit encore être validé par le Congrès des Etats-Unis, est estimé à 2,5 milliards de dollars, soit environ 2 milliards d'euros. Dans le détail, outre les quatre drones, ce contrant comprend la vente d'une station de contrôle au sol utilisable depuis le territoire national, ainsi qu'une seconde station de contrôle au sol qui peut être déployée sur des théâtres d'opérations. Il est aussi précisé que les MQ-4C seront construits sur la base de la version utilisée par l'US Navy, mais que des demandes spécifiques (technologie, capteurs, …) à l'Allemagne y seront installées.

Les Triton allemands devraient être équipés, entre autres, de deux systèmes différents de navigation par GPS et centrale inertielle et de systèmes de communication sécurisés. Le contrat prévoit aussi la vente de pièces de rechange, de toute la documentation technique, des équipements de soutien au sol, de la formation des opérateurs de drone (pilote, opérateur-capteur, opérateur-image et coordinateur tactique) et des mécaniciens.

Par ailleurs, afin d'épauler les forces armées allemandes pour l'intégration de ce nouveau vecteur aérien, des « contractors » américains seront également envoyés en Allemagne durant toute la durée de prise en main. Cette période est étalée sur plusieurs années puisqu'elle comprend l'aide à la construction et la mise sur pieds des infrastructures (bâtiments, tarmac, salles d'opération, etc…), ainsi qu'une aide lors de l'arrivée des premiers drones.

La DSCA explique que « la proposition de vente du MQ-4C Triton soutiendra les exigences légitimes en matière de sécurité nationale et renforcera de manière significative les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) de l'Allemagne et la sécurité collective globale de l'Union européenne et de l'OTAN ». « La vente proposée du MQ-4C Triton comblera un déficit capacitaire important, renforcera les relations bilatérales et l'interopérabilité avec l'OTAN, et aidera l'Allemagne à poursuivre la surveillance et la dissuasion face aux menaces régionales », est-il aussi ajouté.

© US Navy - Premier vol du drone MQ-4C Triton depuis les installations du constructeur à Palmdale, le 22 mai 2013.

© US Navy - Premier vol du drone MQ-4C Triton depuis les installations du constructeur à Palmdale, le 22 mai 2013.

Avec un premier vol effectué en mai 2013, le drone HALE MQ-4C Triton de Northrop Grumman est aujourd'hui mis en oeuvre par la NASA pour ses propres missions scientifiques et par l'Unmanned Patrol Squadron 19 (VUP-19) « Big Red » de l'US Navy, qui doit à terme disposer d'une flotte de 68 exemplaires. Les dimensions du Triton sont assez importantes puisqu'il mesure 4,7m de haut, 14,5m de long pour 39,9m de large (plus large qu'un B737-900). Il est propulsé par un turboréacteur double flux AE 3007 de Rolls-Royce. Ce turboréacteur lui permet d'avoir une vitesse maximale de 575km/h, un rayon d'action énorme de 15 186km, une endurance de 30 heures dans les airs et un plafond maximal de 18 000m.

Le MQ-4C est équipé d'un radar MFAS (Multifonction Active Sensor Radar) qui opère sur 360° avec la détection et l'identification des navires dans sa zone d'opération. Il dispose aussi d'une boule électro-optique infrarouge MTS-B qui intègre, entre autres, un capteur multi-spectral et une image haute définition. Enfin, il emporte aussi le système AIS (Automatic Identification System) qui permet de repérer les navires qui auraient coupé leur système d'identification.

Le Triton est conçu à partir du drone HALE RQ-4 Global Hawk, en service dans l'US Air Force. Toutefois, le Triton est spécialement conçu pour effectuer des missions opérationnelles dans un milieu maritime, notamment dans la conduite de missions ISR, de patrouille maritime et de lutte anti-sous-marine. Lors de son développement, il a été conçu pour être totalement interopérable avec l'avion de patrouille maritime P-8A Poseidon : le drone effectue sa mission de patrouille maritime à très haute altitude, et le Poseidon descend en moyenne et basse altitude pour assurer la « chasse » contre les sous-marins.

Pour rappel, en janvier 2011, plus de 500 millions d'euros ont été dépensés par l'Allemagne pour développer le drone Euro Hawk à partir du RQ-4 Global Hawk avec l'association de Cassidian (aujourd'hui Airbus) et Northrop Grumman avec la création de la société EuroHawk Gmbh. Destiné à remplacer les PATMAR Atlantic, et bien qu'un exemplaire soit produit, le projet a été abandonné en mai 2013. En effet, Northrop Grumman a refusé de donner la documentation technique spécifique pour la qualification du drone pour qu'il puisse voler dans l'espace européen.