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Defens'Aero

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Les Etats-Unis autorisent la vente de 3 C-130J et 3 KC-130J à l'Allemagne

Les Etats-Unis autorisent la vente de 3 C-130J et 3 KC-130J à l'Allemagne

© USAF - Un C-130J Super Hercules du 36th Airlift Squadron en vol au-dessus de la baie de Suruga, au Japon, en mars 2018.

© USAF - Un C-130J Super Hercules du 36th Airlift Squadron en vol au-dessus de la baie de Suruga, au Japon, en mars 2018.

Alors que la France a déjà franchi le cap avec la commande de deux C-130J-30 Super Hercules et deux ravitailleurs KC-130J en janvier 2016, avec l'arrivée du premier C-130J qui s'est faite en décembre 2017 et celle du second qui se fera en milieu d'année 2018, l'Allemagne elle aussi entérine son engagement à commander à son tour des Super Hercules afin de constituer un escadron franco-allemand.

En effet, dans une note Foreign Military Sales (FMS) publiée le 04 mai 2018, la Defense Security Cooperation Agency (DSCA, Agence Américaine d'Exportation d'Armement) a donné son accord pour la vente de trois C-130J-30 et trois KC-130J de ravitaillement en vol à l'Allemagne. Ce contrat, estimé à 1,40 milliards de dollars, soit environ 1,17 milliards d'euros, doit encore être approuvé par le Congrès des Etats-Unis.

Dans le détail, ce contrat prévoit la vente des turbopropulseurs AE-2100D de Rolls Royce sur l'ensemble des avions commandés, ainsi que 4 autres en pièces de rechange ( « spare ») ; 8 systèmes de communication Liaison L16 et 2 en spare ; 8 systèmes de contre-mesures électroniques AN/ALE 47 plus 2 en spares ; 8 détecteurs de départ missile AN/AAR-47A(V)2 et un nombre non précisé de remplacement ; 8 boules électro-optique et infrarouge MX-20 avec 2 autres en pièce de rechange ; des systèmes d'identification ami-ennemi (IFF) AN/APX-114/119 Mode 5, etc…

Par ailleurs, ces Super Hercules disposeront également d'un système d'échange de communications sécurité, d'un outil de navigation de précision et d'un équipement cryptographique, d'une avionique adaptée au vol sous jumelles de vision nocturne, de toute la documentation technique, etc… Enfin, le contrat englobe l'entraînement et la formation du personnel militaire allemand, le déploiement de « contractors » américains à Evreux, d'un service d'assistance et de soutien, etc… Toutefois, il est précisé que ce déploiement ne se fera pas sur du long terme, ce qui veut dire que les aviateurs allemands seront rapidement autonomes.

Les C-130J-30 et KC-130J allemands seront donc livrés avec des équipements que n'ont pas demandé les Français, notamment en ce qui concerne les caméras utilisées pour l'observation, l'identification et la désignation des cibles à des chasseurs-bombardiers, des drones, des hélicoptères ou à soi-même si les Hercules sont armés de missiles air-sol Hellfire.

En outre, si la commande de la France est moins bien fournie, c'est parce que l'armée de l'Air avait (et a toujours) un besoin beaucoup plus urgent de ces avions de transport que l'Allemagne. Engagée sur de multiples fronts, avec une disponibilité excessivement basse chez la flotte de transport et avec les retards et lacunes des A400M « Atlas », il fallait faire vite. Enfin, outre les besoins opérationnels, Berlin a les moyens financiers pour pouvoir s'offrir des équipements supplémentaires, ce que Paris n'a pas forcément.

La DSCA affirme que « la vente proposée améliorera les capacités en matière de transport aérien, de ravitaillement en vol et de parachutage de la Luftwaffe. Fournir ces capacités à l'armée de l'Air allemande augmentera considérablement l'interopérabilité entre l'US Air Force et la Luftwaffe, ainsi qu'avec d'autres alliés de l'OTAN ».

En outre, il est aussi expliqué que la Luftwaffe « utilisera ces appareils pour effectuer des missions de transport, de ravitaillement en vol et de largage aérien dans le cadre d'un escadron franco-allemand basé à Evreux, en France ». « Cet escadron de transport commun aura un échange sans restriction des aéronefs, des équipages et des mécaniciens, ainsi qu'un soutien technique et logistique basé sur un 'pool' commun avec des pièces de rechange et un contrat de soutien commun », est-il ajouté.

© USMC - Un KC-130J Super Hercules du Marine Aerial Refueler Transport Squadron (VMGR) 152 lors d'une mission d'entraînement au ravitaillement en vol de nuit, en octobre 2017.

© USMC - Un KC-130J Super Hercules du Marine Aerial Refueler Transport Squadron (VMGR) 152 lors d'une mission d'entraînement au ravitaillement en vol de nuit, en octobre 2017.

  • ESCADRON FRANCO-ALLEMAND A EVREUX

Pour rappel, le 10 avril 2016, l'ancien Ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, a rencontré son homologue allemand Ursula von der Leyen afin de signer un accord inter-gouvernemental qui prévoit une mutualisation de la flotte des Super Hercules, des équipements associés et des militaires au sein d'un seul et même escadron.

A la suite de la signature de cet accord, la Ministre allemand a expliqué qu'un escadron franco-allemand composé de quatre appareils français et six allemands, soit dix au total, seront stationnés sur la base aérienne 105 d'Evreux. Cette unité franco-allemande « accueillera également un centre d’entraînement moderne et complet acquis en commun », détaille le général Laurent Marboeuf, commandant la Brigade Aérienne d’Appui et de Projection (BAAP).

La constitution de cette nouvelle unité, qui disposera déjà de solides connaissances grâce aux aviateurs envoyés en échange dans des forces aériennes utilisatrices des Super Hercules, devrait se solder par une pleine capacité opérationnelle « à l’horizon 2024 », précise la même source. Tandis qu'une capacité opérationnelle initiale aura été acquise en 2021. Cet escadron, souligne l'Armée de l'Air, sera entièrement binational. En effet, il y aura entre Paris et Berlin un partage des coûts, ainsi qu'une organisation et un soutien technique et logistique franco-allemand.

En outre, les équipages navigants comme le personnel au sol seront issus de l'Armée de l'Air française et de la Luftwaffe. Il s'agira ici « d’un véritable brassage culturel du transport aérien tactique, puisque les équipages et les mécaniciens viendront aussi bien des flottes C130H que des flottes C160 ou Casa ». Les avions de transport seront mis en oeuvre par des aviateurs français et environ 200 autres allemands, que ce soit les équipages navigants ou le personnel au sol, avec Paris en tant que nation cadre dans ce projet européen.

Bien que la France dispose déjà de C-130H Hercules, l'utilisation et l'entretien des Super Hercules est sensiblement différente avec notamment un cockpit récent et numérique, des pièces de rechange qui ne sont pas compatibles, etc… Avec la colocalisation et la mutualisation de ces moyens, Paris et Berlin réduiront les coûts de mise en oeuvre avec le partage des pièces de rechange, des simulateurs, des hangars, etc…

Cette coopération s'est consolidée le 18 octobre 2017 avec la signature d'un accord de principe entre le major général des Armées Philippe Coindreau et son homologue allemand Joachim Rühle, dans le cadre de la réunion du Groupe franco-allemand de coopération militaire (GFACM).

© USMC - Deux KC-130J Super Hercules du Marine Aerial Refueler Transport Squadron (VMGR) 352 lors d'une cérémonie pour ses 75 ans.

© USMC - Deux KC-130J Super Hercules du Marine Aerial Refueler Transport Squadron (VMGR) 352 lors d'une cérémonie pour ses 75 ans.

  • VERS UNE EVOLUTION DU TRANSPORT MILITAIRE FRANÇAIS

Mais l'arrivée de ces deux nouvelles versions du Hercules et la mise en place d'un escadron franco-allemand va entraîner des évolutions qui vont intervenir au sein de la flotte d'avions de transport de l'armée de l'Air française, ainsi que sur deux bases aériennes, la BA 105 d'Evreux et la BA 123 d'Orléans-Bricy, pleinement concernées par ces changements.

En effet, l'armée de l'Air expliquait que la 62ème Escadre de transport (ET) avait été réactivée le 1er septembre 2017 sur la base aérienne 123 d'Orléans, en parallèle de la création d'un nouvel Escadron de Soutien Technique Aéronautique (ESTA). Cette escadre, toujours selon l'armée de l'Air, doit réunir « les escadrons de transport « Poitou » et « Franche-Comté » dans une organisation modernisée ». 

Aux côtés des C-130H Hercules, des C-160 Transall et des Casa CN-235, viendront s'ajouter les Super Hercules récemment commandés. Le premier appareil a déjà posé ses roues sur la base française, tandis que le second C-130J sera livré en milieu d'année 2018. Enfin, les KC-130J, ceux qui disposent d'une capacité de ravitaillement en vol des hélicoptères et des avions de combat, seront livrés dans le courant de l'année 2019.

« Les services seront différenciés pour ces deux appareils mis en œuvre par l’escadre, car les C130H et les C130J présentent des particularités bien distinctes », explique le général Laurent Marboeuf, notamment en ce qui concerne les pièces de rechange, la mise en oeuvre des avions, des outils et des techniques qui sont différents, etc…

Plus tard, en 2021, le transport aérien militaire français va encore changer de format « puisqu'une unité franco-allemande sera créée sur la base aérienne 105 d’Évreux, réunissant des équipages ainsi que du personnel de maintenance et d’environnement impliqués dans la mise en œuvre » de ces nouveaux avions de transport tactique (ATT), affirme l'armée de l'Air. A ce titre, afin de préparer la base aérienne d'Evreux à l'arrivée de ces nouveaux avions, Paris comme Berlin débourseront chacun 50 millions d'euros pour la construction des infrastructures nécessaires.

Dans quelques années donc, la BA 123 d'Orléans sera chargée du segment lourd avec l'ET 1/61 « Touraine » et ses A400M Atlas. De son côté, la BA 105 d'Evreux aura le segment médian et léger avec les C-130H, KC-130J et C-130J-30 français et allemands, ainsi que les C-160 Transall et Casa CN-235.