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Defens'Aero

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Un Mirage 2000-5Mk2 de la Force aérienne grecque s'abîme en mer suite à une Quick Reaction Alert

Un Mirage 2000-5Mk2 de la Force aérienne grecque s'abîme en mer suite à une Quick Reaction Alert

© HAF - Un Mirage 2000-5Mk2 grec avec un bidon de 1250L et armé par deux missiles air-air d'entraînement MICA IR.

© HAF - Un Mirage 2000-5Mk2 grec avec un bidon de 1250L et armé par deux missiles air-air d'entraînement MICA IR.

Hier jeudi 12 avril 2018, un Mirage 2000-5Mk2 de la Force aérienne grecque (Hellenic Air Force, HAF) s'est abîmé dans la mer Egée au retour d'une mission d'interception d'un avion de combat de la Force aérienne turque qui aurait violé l'espace aérien grec dans cette région. L'appareil s'est abîmé en mer aux alentours de 12h15 (heure locale) et à environ 9 miles, soit environ 15 kilomètres, au nord-est de la base aérienne de Skyros, située sur l'île éponyme.

Le pilote, qui effectuait ici sa phase d'approche pour atterrir selon le communiqué de presse publié par la force aérienne, est décédé dans l'accident de son appareil. C'est le second Mirage 2000 de la patrouille, également engagé dans cette Quick Reaction Alert (QRA, ou permanence opérationnelle) qui a annoncé avoir perdu le contact radio avec son équipier. Ce dernier n'a d'ailleurs pas lancé d'appel de détresse.

Une opération Search and rescue (SAR, recherche et sauvetage) a été rapidement lancée par les forces armées grecques afin de retrouver l'appareil et le pilote. Au moins trois hélicoptères, dont un CH-47 Chinook et quatre navires des Gardes-Côtes grecs, étaient engagés dans cette opération. Ce n'est que quelques heures plus tard que des débris ont été retrouvés et récupérés. Malgré l'absence du corps, qui n'a pas été retrouvé, Panos Kammenos, le Ministère grec de la Défense, a confirmé le décès du pilote.

Le pilote, George Baltadorou, était âgé de 34 ans et père de deux enfants d'après les médias grecs. Il était pilote de chasse au sein du 331st Squadron (Mira) « Theseus », appartenant au 114th Combat Wing (Pteriga Maxis) et habituellement stationné sur la base aérienne de Tanagra, située dans le sud de la Grèce, non loin d'Athènes. Il était actuellement détaché sur la base aérienne de Skyros afin d'assurer la mission de permanence opérationnelle dans une région où les espaces aériens et la propriété de certaines îles sont disputés entre la Grèce et la Turquie.

Les tensions entre Ankara et Athènes ne sont pas nouvelles et sont relativement tendues et tourmentées depuis de nombreuses années. Ces tensions sont issues notamment du Traité de Lausanne de juillet 1923, qui précise les frontières de la Turquie en Europe et au Moyen-orient, et dont les écrits sont aujourd'hui contestés par le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdoğan.

En effet, d'après ce traité, la Grèce considère une partie des îles et de l'espace aérien en mer Egée comme sa propriété, tandis que la Turquie conteste cette situation en expliquant qu'il s'agit là d'îles qui se trouvent dans des eaux internationales. Cette mésentente est constamment exprimée sur le plan politique avec des déclarations régulières des deux gouvernements, mais aussi sur le plan militaire.

Les forces armées turques, dont notamment la force aérienne et les Gardes-Côtes, pénètrent très régulièrement et volontairement au sein de l'espace aérien de la Grèce et de ses eaux territoriales pour marquer leur désaccord et ainsi « harceler » les forces armées grecques. Dans un interview à Libération le 09 mars 2018 (lire ici), le Ministère grec de la Défense Pános Kamménos confiait au journal que « la Turquie exerce une véritable pression sur la Grèce. En un an, les violations des eaux territoriales ont augmenté de 450 %. Celles de l’espace aérien de 48 % ».

« Nous sommes très près d’un accident mortel. Quand l’espace aérien est violé, nous envoyons nos avions afin qu’ils escortent les avions turcs hors de notre espace. Nous sommes alors forcément à la merci d’un accident qui peut, à tout moment, s’étendre aux garde-côtes, à la marine… En violant les eaux et l’espace aérien grecs, donc européens, Ankara essaie aussi de faire pression sur l’Europe. C’est la raison pour laquelle nous tenons les alliés européens et l’Otan informés de chaque événement. Nous sommes obligés de défendre notre territoire, non seulement pour la Grèce mais aussi pour l’Europe », avait-il aussi déclaré.

Pour rappel, la Force aérienne grecque dispose d'une flotte composée d'une vingtaine de Mirage 2000 EGM/BGM et d'environ vingt-cinq Mirage 2000-5Mk2. L'ensemble de la flotte est stationnée sur la base aérienne de Tanagra, et répartie entre le 331st Mira « Theseus » et le 332nd Mira « Falcon », appartenant tous les deux au 114th « Pteriga Maxis ». Une partie de la flotte des EGM/BGM a été modernisée à partir de 2004 vers le standard Mk2.

Cette version dispose d'un radar RDY-2 à la place du RDM, d'un ordinateur de bord plus puissant, d'un nouveau système de navigation inertiel (TOTEM 3000 de Thales), d'une avionique avec écrans analogiques, d'un système de contre-mesures plus performant, de capacités air-sol améliorées (avec notamment le missile de croisière SCALP-EG) et d'une perche de ravitaillement en vol.

Le dernier accident d'un M2000 remonte au 29 mai 2017 lorsqu'un 2000EGM s'est abîmé dans l'archipel des îles Sporades, en mer Egée. L'appareil effectuait une mission d'entraînement au combat aérien avec d'autres Mirage 2000. Le pilote s'est éjecté et a été récupéré plus tard par un Super Puma.