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Defens'Aero

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REPORTAGE - A l’école des gendarmes du ciel

REPORTAGE - A l’école des gendarmes du ciel

REPORTAGE - A l’école des gendarmes du ciel

REPORTAGE EXCLUSIF - Textes et photos : © Mathieu Mounicq.

Les Forces aériennes de la Gendarmerie nationale (FAG) comptent entre 400 et 500 personnes pour une cinquantaine d’hélicoptères. Leur rôle est d'intervenir au profit des autres forces de la Gendarmerie et de la Police Nationale dans le cadre d'opérations de police judiciaire ou encore en missions de secours 24h/24 et 365 jours par an.

Elles sont réparties en sept groupements opérationnels, un pour chaque zone de défense du territoire national, et sont appuyées par le Groupement de Maintien en Conditions Opérationnelles (GMCO) d’Orléans-Bricy et par le Groupement d’Instruction (GI) de Cazaux. Ce dernier est notamment en charge d’assurer la formation de l’ensemble des personnels navigants de la Gendarmerie Nationale, mais pas uniquement.

Après la publication d’un premier reportage (voir ici) présentant les Forces Aériennes de la Gendarmerie Nationale dans le Sud-Ouest, Defens’Aero s’est rendu sur la base aérienne 120 de Cazaux afin de découvrir cette unité très particulière des FAG. Présentation.

Missions

Le Groupement d’Instruction a trois missions :

Sa mission première est bien entendu la formation. Un total d'environ 320 stagiaires de différentes spécialités passe ainsi par l'unité chaque année :

Tous les personnels navigants de la Gendarmerie Nationale, pilotes et mécaniciens, se rendent à Cazaux pour obtenir les différentes qualifications machines sur les hélicoptères en dotation dans les FAG (AS350 B, EC-135 T2+, EC-145). Le GI assure également les formations visant à l'obtention de leurs différentes qualifications opérationnelles que ce soit l'aérocordage, le treuillage, l'usage de la caméra embarquée, le vol de nuit sous jumelles de vision nocturne, le vol en montagne ou en zone maritime, etc…

Des mécaniciens navigants révisent entre deux vols l'avionique de l'EC-135 T2+. Le groupement dispose de plusieurs salles de cours et d'équipements de formation.

Des mécaniciens navigants révisent entre deux vols l'avionique de l'EC-135 T2+. Le groupement dispose de plusieurs salles de cours et d'équipements de formation.

Par ailleurs, depuis 2014, le groupement est certifié pour former directement les mécaniciens de la Gendarmerie aux opérations de maintenance des trois types hélicoptères des FAG. Cette capacité de formation en interne permet un gain de temps appréciable dans la phase de formation des mécaniciens puisqu'il était précédemment nécessaire de les envoyer se former chez le constructeur, Airbus Helicopters.

L'EC-135 T2+ est la machine la plus récente dans l'inventaire des FAG. Elle doit, à un horizon encore indéterminé, remplacer les vénérables Ecureuil.

L'EC-135 T2+ est la machine la plus récente dans l'inventaire des FAG. Elle doit, à un horizon encore indéterminé, remplacer les vénérables Ecureuil.

Enfin, depuis 2015, le groupement assure aussi la formation des pilotes de drone de toutes les brigades de la Gendarmerie Nationale et également d’autres services avec, entre autres, certaines unités des forces armées françaises. L'unité assure ainsi chaque année la formation de 70 télépilotes en moyenne.

De nombreuses sessions de formation des pilotes de drones de la Gendarmerie ont lieu chaque année.

De nombreuses sessions de formation des pilotes de drones de la Gendarmerie ont lieu chaque année.

La seconde mission du GI est l’inspection de l'ensemble des unités des FAG sur le terrain. Les instructeurs se déplacent ainsi chaque année dans toute la France afin de valider les qualifications des personnels dans les sections aériennes et les détachements.

Enfin, étant donné son savoir-faire et son expérience, la troisième mission du groupement est l’expertise en cas d’incidents ou d'accidents aériens au sein des FAG.

On retiendra cependant qu'en plus de ces taches, et à l'instar de toutes les unités situées à proximité des côtes, le groupement d'instruction prend aussi l’alerte pour le sauvetage avec un hélicoptère Écureuil durant toute la saison estivale.

L'AS350 BA (F-MJCP) effectue l'hélitreuillage de baigneurs en difficulté à Mimizan-Plage, en août 2017.

L'AS350 BA (F-MJCP) effectue l'hélitreuillage de baigneurs en difficulté à Mimizan-Plage, en août 2017.

Organisation

Le Groupement d'Instruction est armé par un total de 30 personnes (instructeurs navigants, instructeurs mécaniciens, mécaniciens et personnels de soutien) et dispose à tout moment des trois types d'hélicoptères dont sont équipées les Forces Aériennes de la Gendarmerie.

Les trois modèles d'hélicoptères en service au sein des FAG se côtoient sur le parking du Groupement d'Instruction de Cazaux, avec ici un EC-135 T2+ et un EC-145. On ne le voit pas, mais il y a également un AS350 BA dans le hangar.

Les trois modèles d'hélicoptères en service au sein des FAG se côtoient sur le parking du Groupement d'Instruction de Cazaux, avec ici un EC-135 T2+ et un EC-145. On ne le voit pas, mais il y a également un AS350 BA dans le hangar.

Ayant une visibilité directe sur l'outil de suivi de la disponibilité de la flotte, il peut mobiliser à l'avance des machines supplémentaires en cas de besoin, par exemple à l'occasion d'une formation sur un modèle d'hélicoptère particulier. Le fait d'avoir en dotation les trois types d'hélicoptères lui permet également d'emprunter aux unités voisines une machine en la substituant par un autre modèle pendant la durée du stage.

Implantations

Basé précédemment sur la base aérienne de Villacoublay, aux côtés du commandement des FAG, le groupement d’instruction a déménagé sur la base aérienne 120 de Cazaux en 2010. Cette délocalisation dans le Sud-Ouest s’expliquait alors par plusieurs facteurs.

Il y avait d'abord une volonté de sortir de l’espace aérien très contraint de l’Ile-de-France, et la présence à cette époque de hangars et de locaux vacants à Cazaux suite à une réorganisation administrative des FAG et au déménagement de la Section Aérienne de Gendarmerie de Cazaux vers Bordeaux-Mérignac.

Nichée entre les grands lacs et la forêt des Landes, à 5 minutes de vol de l'océan, la base aérienne de Cazaux offre un espace aérien très vaste pour les missions d’entraînements du Groupement d'Instruction.

Nichée entre les grands lacs et la forêt des Landes, à 5 minutes de vol de l'océan, la base aérienne de Cazaux offre un espace aérien très vaste pour les missions d’entraînements du Groupement d'Instruction.

Depuis la base girondine, les machines du groupement disposent d'un espace de travail qui s'étend de Lacanau, au nord, à Mimizan, au sud. Cette surface étendue permet aux stagiaires d'acquérir des automatismes en travaillant sur les nombreuses zones d’entraînement locales disponibles comme par exemple les terrains militaires ou encore les nombreux petits aérodromes civils faiblement fréquentés.

Une fois les procédures bien maîtrisées sur des zones connues, la situation géographique de l'unité permet également aux instructeurs de déclencher des entraînements au cours des vols sur des zones d'opportunité afin de préparer les futures missions opérationnelles des stagiaires en milieu méconnu : «Tu as visuel sur l'écluse à 2h ? On va faire un hélitreuillage au-dessus à une hauteur de 15 m !».

Compris entre Lacanau et Mimizan, l'espace aérien dans lequel évolue le Groupement d'Instruction permet de faire travailler les stagiaires dans un environnement assez varié : forêt, zone côtière, lacs, etc.

Compris entre Lacanau et Mimizan, l'espace aérien dans lequel évolue le Groupement d'Instruction permet de faire travailler les stagiaires dans un environnement assez varié : forêt, zone côtière, lacs, etc.

En complément de son implantation de Cazaux, le Groupement d'Instruction dispose d'une antenne à Briançon qui héberge les locaux du centre de vol en montagne de la Gendarmerie. De plus, le personnel de l'unité est présent à l’EALAT de Dax puisque deux instructeurs pilotes y sont détachés en permanence.

Focus sur le cursus des personnels navigants de la Gendarmerie Nationale

Les pilotes et les mécaniciens navigants des FAG viennent d’horizons variés. ils peuvent ainsi être issus de la Gendarmerie ou avoir déjà derrière eux une carrière dans l’Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT), l’Armée de l’Air ou la Marine Nationale. Quel que soit leur parcours, ils sont avant tout gendarmes et doivent postuler en interne pour intégrer les Forces Aériennes lorsque des places sont disponibles. 

Une fois sélectionné mais avant même l'affectation en unité des FAG, le futur personnel navigant se rend une première fois au Groupement d'Instruction sur quelques jours afin de passer des tests et de rencontrer les instructeurs. Ce premier passage permet d'ores et déjà d'identifier la machine vers laquelle il sera orienté dans le cadre de sa formation.

La formation initiale débute ensuite et consiste en l'obtention de la qualification de type sur la machine d'affectation. Cela représente ainsi une durée de cinq semaines avec une douzaine d'heures de vol pour un pilote, et une durée de quatre semaines avec huit heures de vol pour un mécanicien navigant. 

L'EC-145 F-MJBR rentre d'une mission d'entrainement. A l'arrière plan les Aermacchi M-346 du 150th Sqn de la Republic of Singapore Air Force.

L'EC-145 F-MJBR rentre d'une mission d'entrainement. A l'arrière plan les Aermacchi M-346 du 150th Sqn de la Republic of Singapore Air Force.

Une fois qualifiés, les personnels navigants partent en unités où ils apprennent les spécificités de l’emploi opérationnel de leur machine et engrangent de l'expérience en mission de police judiciaire ou de sauvetage. Lorsque les heures de vol en unité s'accumulent et que des paliers sont atteints dans leur progression (20h, 50h, etc…), pilotes et mécaniciens reviennent alors à Cazaux pour se former à d'autres modules spécifiques (vol de nuit sous jumelles de vision nocturne, usage de la caméra pour les mécaniciens, etc.) ou pour passer des qualifications machines sur d'autres hélicoptères.

Départ de l'EC-135 F-MJDH pour un vol nocturne sous JVN au profit des stagiaires.

Départ de l'EC-135 F-MJDH pour un vol nocturne sous JVN au profit des stagiaires.

Des formations spécifiques ont aussi lieu selon le cadre géographique dans lequel évoluent les personnels navigants (plaines, océan, montagne). La formation au vol en montagne est néanmoins plus spécifique puisqu'elle se déroule sur une année complète vu sa technicité et a lieu au centre de vol en montagne de Briançon.

En mission d'entrainement avec le Groupement d'Instruction

Dans le cadre de ce reportage, Defens'Aero a pu assister à la fin d'un stage de formation de quatre mécaniciens navigants sur EC-135 T2+ issus de Sections Aériennes de la Gendarmerie (SAG) différentes mais ayant la particularité d'être tous des anciens membres de l'ALAT. Ils effectuaient ce jour là un entrainement au treuillage de civière.

Pour cette mission, deux stagiaires ont embarqué dans l'hélicoptère avec un instructeur mécanicien pour effectuer le rapide transit vers la zone d'entrainement située dans la base même de Cazaux. 

La BA 120 est très étendue et comporte une importante zone forestière qui permet aux différentes unités d'hélicoptères de la base (EH Pyrénées et GI) de s’entraîner sans gêner le trafic des avions.

La BA 120 est très étendue et comporte une importante zone forestière qui permet aux différentes unités d'hélicoptères de la base (EH Pyrénées et GI) de s’entraîner sans gêner le trafic des avions.

Ce court vol de 5 minutes a été mis à profit pour réaliser un premier hélitreuillage de personnel depuis l'hélicoptère en attendant qu'un second instructeur mécanicien et que les deux autres stagiaires se rendent par voie terrestre sur la zone d'entrainement avec la civière.

Le mécanicien navigant est en charge du treuillage : il guide le pilote, assure la sécurité de la manœuvre en cabine et à l'extérieur de la machine en inspectant visuellement l'environnement de la zone d'hélitreuillage, gère le fonctionnement (et les éventuelles pannes) du treuil et récupère la personne hélitreuillée à l'intérieur de la cabine.

Le mécanicien navigant est en charge du treuillage : il guide le pilote, assure la sécurité de la manœuvre en cabine et à l'extérieur de la machine en inspectant visuellement l'environnement de la zone d'hélitreuillage, gère le fonctionnement (et les éventuelles pannes) du treuil et récupère la personne hélitreuillée à l'intérieur de la cabine.

Une fois le personnel et le matériel en place sur zone, l'hélicoptère s'est posé afin de déposer un des deux stagiaires présents dans la machine et la noria d'hélitreuillage a commencé. 

Vue sur la zone d'entrainement depuis l'EC-135.

Vue sur la zone d'entrainement depuis l'EC-135.

Le stagiaire qui va réaliser les hélitreuillages a pris place dans la machine avec un des instructeurs. Les autres stagiaires préparent la civière contenant un mannequin pour le treuillage sous la surveillance du second instructeur.

Le stagiaire qui va réaliser les hélitreuillages a pris place dans la machine avec un des instructeurs. Les autres stagiaires préparent la civière contenant un mannequin pour le treuillage sous la surveillance du second instructeur.

La série d'hélitreuillages commence. Chaque stagiaire réalise deux hélitreuillages durant la mission.

La série d'hélitreuillages commence. Chaque stagiaire réalise deux hélitreuillages durant la mission.

En attendant leur tour pour pratiquer la manœuvre depuis l'hélicoptère, les stagiaires qui sont au sol s’entraînent également à être hélitreuillés avec la civière.

En attendant leur tour pour pratiquer la manœuvre depuis l'hélicoptère, les stagiaires qui sont au sol s’entraînent également à être hélitreuillés avec la civière.

L'hélitreuillage avec la civière nécessite un peu de pratique puisque la civière doit être stabilisée pour ne pas tourner sur elle-même. La civière est ainsi équipée d'un étendard déployable qui permet de la stabiliser dans le vent relatif.

L'hélitreuillage avec la civière nécessite un peu de pratique puisque la civière doit être stabilisée pour ne pas tourner sur elle-même. La civière est ainsi équipée d'un étendard déployable qui permet de la stabiliser dans le vent relatif.

Vue de l'un des treuillages depuis l'hélicoptère.

Vue de l'un des treuillages depuis l'hélicoptère.

Récupération de la civière et du personnel hélitreuillé en cabine par le mécanicien.

Récupération de la civière et du personnel hélitreuillé en cabine par le mécanicien.

A l'issue du dernier hélitreuillage, la mission s'est terminée par une navigation au profit de l'un des stagiaires installé dans le cockpit, sur le siège de gauche. En effet, au sein des équipages de la Gendarmerie, le mécanicien navigant assiste le pilote durant le vol en assurant notamment une partie de la navigation, la gestion de la radio et la manipulation de l'ordinateur de bord de la machine.

Exercice de navigation le long de la côte Atlantique pour ce stagiaire mécanicien installé dans le siège de gauche.

Exercice de navigation le long de la côte Atlantique pour ce stagiaire mécanicien installé dans le siège de gauche.

Remerciements : Defens'Aero souhaite remercier le Lieutenant-Colonel Girodet, commandant du Groupement d'Instruction des Forces Aériennes de la Gendarmerie, et le Capitaine Brisse du SIRPA Gendarmerie pour avoir rendu ce reportage possible. 

Nos remerciements vont également au Commandant P., à l'Adjudant-Chef L., à l'Adjudant R. et aux mécaniciens navigants stagiaires pour leur accueil et leurs réponses à nos questions, ainsi qu'à l'ensemble du personnel de l'unité croisé durant la visite.